Quel débat ce soir...
Le pêcheur d'Hallstatt
Le pêcheur est là. Demain, aujourd’hui, hier. Après-demain aussi, et après-hier, ou avant, mais qu’est-ce que ça peut faire ? Il attend la truite.
La barque ne bouge pas. Pas la peine, il suffit de la regarder. Vous l’observez attentivement et soudain, vous êtes au fond du lac limpide et glacial. Vous levez les yeux pour dévisager les poissons frétillant à l’ombre du pêcheur.
Vous la fixez encore et elle vous emmène plus haut. Vous vous égratignez un peu sur la roche abrupte en vous élevant et arrivez dans le flou mouillé du nuage. Vous regardez le sommet de têtes d’hommes et de truites et de barques qui ne bougent pas.
La ville a bu toute l’eau du lac pour nourrir ses géraniums. Les murs cirés se jettent dans le miroir de truites. Les touristes aiment ça, les fleurs. Les carreaux propres et les jardins multicolores. Ça fait souriant sur les cartes postales gelées.
Ville du sel
Petite ville déjà importante, « Salz-bourg », vit de l’or blanc. Les trésors sont nombreux, les ennemis aussi. La forteresse se hisse sur la colline. Blottis dans les fourrés, des voleurs de grands chemins attendent leur heure de gloire. Elle viendra.
Petite ville, occupée de deux énormes cathédrales qui tentent de s’imposer depuis à peine trois siècles au pied de l’immense muraille, Salzburg s’enrichit encore, grandit toujours.
Petite ville, enchanteresse de grands musiciens, muse de compositeurs passionnés, Salzburg s’évertue à immortaliser l’œuvre du génie qu’elle a vu naître.
Petite ville, calfeutrée dans la brume, jalonnée d’une foule de jolis parapluies colorés se promenant sur les remparts, Salzburg ne connaît que deux saisons, celle des sports d’hiver et celle des festivals.
Fière Autriche
L'Angleterre prit l'aigle et l'Autriche l'aiglon.
Les Chants du crépuscule (1835), Napoléon II, Victor Hugo
Une guerre longue et cruelle, inutile à l'Autriche, funeste à la France, profitable aux seuls Anglais et glorieuse au seul roi de Prusse, qui, après l'avoir soutenue pendant sept ans contre la moitié de l'Europe, l'a terminée sans perdre un village.
Eloges, Milord Maréchal, Jean le Rond d'Alembert
Puisque la fière et redoutable maison d'Autriche a la modestie de se tenir pour battue.
Lettre au roi de Prusse (22 décembre 1762), Jean le Rond d'Alembert
L'Autriche. L'homme aussi.
Mes inscriptions (1943 - 1944), Louis Scutenaire
Ambassadrices
J’aimerais que vous alliez au musée d’histoire naturelle… Youpiiii ! …pour une conférence sur l’attribution des fonds de l’Union Européenne aux projets de recherche en biologie… Ah… …s’en suivra un buffet… Youpi là là ! …et une visite guidée… Youpi là là (bis) ! …sur les parasites. Ah…
C’est ainsi que Lena et Lenka ont eu l’immense honneur de rencontrer l’ambassadrice d’Autriche à l’UE, l’ambassadrice de France en Autriche et l’ambassadrice des tiques chez les poux. Un grand moment.
Wien Geschichte
Lena apprécie davantage Vienne en tant que touriste qu’en tant qu’habitante… au hasard des rues, elle remonte le temps…
Au commencement étaient éparpillés le long du Danube, des barbares buveurs de bière : les celtes.
Puis, dès l’an 15 avant Jésus-Christ, les romains disciplinés s’établirent comme partout et fondèrent Viendobona. Peu à peu, les vignerons des campagnes vinrent grossir la ville qui tira sa richesse du commerce du vin.
Envahis par les Huns, les Lombards, les Goths et les Avars, Viendobona fut détruite en l’an 400. Ce sont finalement les irréductibles bavarois qui s’imposèrent en Autriche. Ils s’établirent dans les montagnes, là où le temps s'éteint et où les coutumes perdurent.
Vienne ne reprit allure qu’au 11e siècle, sous l’hégémonie des Babenberg qui édifièrent les églises catholiques au style gothique.
Au 12e siècle, la famille Habsbourg engendra une tripotée de souverains qui s’appelaient tous Rudolph, Franz et Karl. Aujourd’hui encore, ils se trouvent à tous les coins de rue.
Les Habsbourg ont donné naissance à la plupart des bâtiments, musées, parlements… et universités.
Vienne est aussi une ville d’art parsemée de nombreux chanteurs…
…inconnus. Finalement, les vraies stars sont toujours Mozart et Sissi.
Aux 16e et 17e siècles, la ville eut à affronter de nombreux assauts des turcs. Ils laissèrent aux viennois un délicieux souvenir : le café.
L’Autriche est entrée tardivement dans l’Union Européenne en 1995, à cause des partis d’extrême-droite qui restèrent longtemps très influents.
Aujourd’hui, une nouvelle religion concurrence le catholicisme encore très ancré : l’écologisme. Même les horodateurs sont munis de panneaux solaires.
L’histoire riche de la ville en fait un lieu prisé des touristes indisciplinés qui ne traversent pas aux passages piétons.
Recette de l'île de Krk
A prononcer « Krk ». Non pas Krak, ni Krrrk, ni Krikri, ni Kroa, mais bien Krk. Raclez le fond de la gorge et prononcez « Krk » avec la douceur d’un guépard défendant son territoire. Pour trouver Krk depuis Vienne, il suffit de rouler plein sud. Traversez la Styrie sous la pluie, la Slovénie sous l’orage, la Croatie dans la nuit et campez (pas le ballon, la tente !).
Il est minuit, vous ne voyez pas le paysage et n’avez aucune idée de ce que vous allez découvrir en vous réveillant, car la Croatie _c’est bien connu_ est méconnue. Le thermostat est à 24°C, la minuterie est jouée par les cigales et José prépare les ingrédients.
Le lendemain matin, saupoudrez le paysage d'une pluie tiède. Versez-vous un k-way sur la tête et gravissez la montagne.
Tournez et tournez jusqu'à vous retrouver dans un paysage lunaire. Le vent doit tout emporter exceptés un milliard de Juniperus communis en boule et quelques centaines de milliers de moutons barbus.
Une fois que vous avez bien sué et que le ciel s'est dégagé, rincez-vous dans la mer adriatique. L'eau est si pure que vous voyez les poissons onduler entre vos jambes. Etalez-vous et laissez reposer.
Quand vous êtes bien gonflé, allez en ville. Les ruelles sont étroites et les touristes (autrichiens) nombreux. N'oubliez pas d'acheter une olive en plastique ou un coquillage en caoutchouc pour la cousine de votre belle-mère. Si le marchand vous rend vos euros, c’est qu'il faut payer en kuna, ma tata!
Enfin, visitez le port de pêche et dégustez les fruits de mer frais.
N’oubliez pas le décor, il faut que ce soit kitch !
So schöne und blaue Donau
(Suite)
Lena longe le Danube ("so schön und blau", dit la chanson, mais plus sale que ça en réalité). Comme c’est beau… Elle se promène tranquillement mais voilà qu’un homme tout nu s’avance vers elle… Aaah ! Faut-il s’enfuir ?
Non, il la salue et passe son chemin. Tiens, en voilà un autre… Et un autre encore ! Et celui-là est tout étalé les membres écartés sur la berge… Et celui-ci qui barbotte dans la rivière son chien… Ben vlà, le mieux c’est encore M’dame qui promène l’toutou !
Le vent souffle mais Lena décide quand même de faire un petit plongeon… en pensant à Rafiki : Il faut accepter de se mouiller complètement pour se rendre compte, après quelques brasses pas toujours agréables, que l’eau est bonne, en fait.
Moeurs autrichiennes
Ooooh ! Quoi ? Sortez d’ici immédiatement ! Mais qu… ? Vous savez lire ? Ouip.On ne rentre pas dans les vestiaires MOUILLE ! Et là, vous n’êtes pas mouillée, vous êtes TREMPEE !
Trempée ? Evidemment Lena est trempée, elle sort de la piscine !
A Nancy, nous ne rentrons pas dans les vestiaires avec les chaussures, nous nous déshabillons en cabine, allons-nous baigner avec le bonnet obligatoire, nous douchons avec le maillot de bain et revenons trempés dans les cabines pour nous sécher.
A Vienne, nous rentrons dans les vestiaires avec les chaussures, nous nous déshabillons en dehors des cabines, allons-nous baigner puis nous nous affalons dans les chaises longues (en enlevant généralement le haut du maillot), nous douchons tout nu et nous séchons. Ensuite, quand nous sommes tout nus et tout secs, nous avons le droit de retourner dans les vestiaires.
Escapade
Les montagnes ont les fesses toutes rondes. Les paysages sont doux. Les verts se chevauchent ton sur ton. Lorsque le soleil perce un peu trop fort, la brume maternelle enveloppe les villages.
Un jour pluvieux encore, le prêtre ramène au village une petite statuette triangulaire. Il la dépose dans une cellule de tilleul.
900 ans plus tard, le pape Benoît XVI viendra se recueillir sur ce lieu de pèlerinage devenu célèbre. Dans la basilique couleur rosée les randonneurs admirent encore la petite cellule de Marie, « Maria Zell ».
De la musique
De la musique. Elle pousse la porte. Il ne se retourne pas. Il joue, joue, joue encore, toujours. Elle attend. Enfin il se retourne. Tou veux jouèrrre ? Euh, non. Tou veux écoutèrrre ? Ah oui.
Il se dirige vers l’immense bibliothèque, saisit une partition sans hésiter, et joue. Il se relève, choisit un autre morceau. Joue. Et puis encore un autre. Carlos ne s’arrête jamais de jouer. La salle de piano de la résidence, c'est la sienne. Il l’accapare à lui seul 6 heures par jour : de 5h à 8h le matin, de 20h à 23h le soir. Le reste du temps, il joue encore. Devant ses élèves à l’université. Dans les églises ou les salles de concert le week-end.
Samaz, elle, a mis beaucoup plus de temps à s’habituer. Elle a quitté l’Iran pour chercher un pays où elle ne s’arrêterait jamais de chanter, où elle pourrait aller à l’opéra sans le visage voilé, où elle ferait de la musique son métier.
Le dimanche soir ils se retrouvent tous les trois pour former une « chorale » : Samaz qui ne comprend pas les mots, Lena qui ne comprend pas les notes et, bien sûr, Carlos qui les engueule et gesticule dans tous les sens. En italien, ça signifie qu’il est content.
En panne de mots?
En ce moment, Lena passe son temps à traduire des textes et des textes et des textes allemands vers sa langue natale. De tout de rien. Pour le travail, pour le plaisir. En apprenant une autre langue, en décortiquant chacun de ses mots, on en vient à mieux comprendre la sienne. C'est un chemin passionnant et infini... mais à force de recopier, elle en perd son inspiration...
Il y a toujours des hauts, il y a toujours des bas. Il y a des silences, longs, parfois interminables. Il y a des absences. Il y a des maladies, des chagrins, des pertes. Et puis, il y a des pages blanches.
Souvent pourtant, parce que Lena adore écrire, il y a des pages qui se remplissent. De tout, de rien, surtout de mondes imaginaires. Il y a des mots sur les blogs, des mots dans les mèls, des mots dans les cartes postales. Des mots dans les lettres.
Des mots qu’on a déjà lus et des phrases toute faîtes. Des mots qu’on avait presque oubliés et même, des mots qu’on invente ; parce que, il faut bien que chaque sens ait un mot, mais que toutes les idées qui sont dans notre tête n’ont pas un mot qu’on connaît.
Des mots dégoûtants et des noms propres. Ceux que Lena préfère sans doute. Ceux qui permettent de remplir la page avec des gens. Avec des paroles, avec des rires, avec des baragouinements approximatifs issus d’un bouillon de langages non-assortis.
Lena et Baba mangent des pommes
Cela faisait 20 ans qu'ils ne s'étaient pas vus. C'est à dire qu'ils ne s'étaient jamais rencontrés.
Depuis sa plus tendre enfance, Lena se fait conter les aventures de multiples cousins plus ou moins lointains : Fanfan, Mimie, Yoyo... Lulu... Juju, Loulou... Baba... Baba?! Qui c'est c'ui-là?
Noyé dans le flot de sobriquets (ne riez pas, ceux de votre famille sont sans doute tout aussi ridicules), Lena l'avait jeté au fin fond de sa mémoire... jusqu'à ce qu'elle apprenne que lui-aussi est à Vienne !
Facebook conservation :
Lena : Coucou! Je ne te connais que par le biais de tes oncles Dodo et Vévé ; mais je suis à Vienne aussi, ce serait chouette qu'on se rencontre !
Baba : Ah ouais, ben je n'ai jamais entendu parlé de toi Sympa! mais Dodo et Vévé sont bien mes oncles alors tu dois être toi.
Quelle logique ce cousin inconnu! Mais n'a t-il vraiment jamais entendu parlé d'elle? Le jour de la rencontre, il essaye de se rattraper :
Alors attends ! Tu es la fille de la soeur de mon grand-père! Zut, j'ai l'air si vieille que ça! Euh, la petite-fille de la soeur de mon grand-père? Non... je suis plut... La petite-fille de la soeur de ma grand-mère? NOOOON. La petite-fille du frère de ta grand-mère!!! Ah? Bon. Tu veux visiter?
Et c'est parti pour une balade au milieu des manèges et autres attrations du Prater... et surtout pour une vive conversation. Car Lena et Baba sont tous deux de grandes piplettes et prennent plaisir à se détailler tous leurs déboires d'étudiants perdus dans une grande ville étrangère.
T'étais venue pour quoi déjà? Je suis venue chercher les pommes que ta maman a ramené pour moi sur les conseils de ma maman. Ah oui! Ben y'en a déjà pas mal qui ont été mangées depuis le temps... mais bon allez, je t'invite... tu veux une pomme?
Tout ce soleil interdit
5e étage, triple fenêtre rectangulaire, à stores orangés, avec vue panoramique sur le Danube.
Il faut encore préciser que les stores scintillent irrespectueusement, que les vitres brillent avec affront et qu’un flux de lumière insolente inonde la pièce.
Voilà ce que peut entrapercevoir Lena de sa position allongée : un astre du jour resplendissant qui lui rappelle qu’un verruqueux vermisseau de virus veille bien à la clouer au lit.
Tête à tête coriace
L'université est désertée par les étudiants qui font la grasse matinée pendant ces vacances de Pâques pluvieuses. Qu'importe! Il en faut plus pour décourager Lena qui affronte sans relâche OrdinaTueur, lui assignant un défilé sanglant de chiffres et symboles germaniques en tout genre. Que le plus tenace survive, héhé!
Temps de Pâques
Lena s’échappe momentanément des montagnes grisées pour découvrir la ville verdoyante. A Graz, les arbres vêtus d’œufs peints fleurissent de partout. Les effluves de chocolat viennent réchauffer les membres endoloris par les longues journées de terrain. Qu’il est bon ce temps perdu dans les ruelles croyantes, à vadrouiller sur les pavés agenouillés. Pâques est partout dans les senteurs et les cœurs ; et toute l’Autriche s’embaume avec ferveur.
Montagnes styriennes
Lena débute son séjour en Autriche par la phase de terrain. Elle crapahute toute la journée sur les hauteurs pour étudier les ifs. Le chemin est semé d’embûches et elle passe plus de temps à terre que sur ses pattes. La tâche semble insurmontable.
Le soir venu, elle contemple le paysage depuis la fenêtre de la Gasthaus. Les moutons qui broutent, les tracteurs qui reculent, les clochers qui s’endorment et la neige qui stagne… tout est si lent. Comment pourrait-elle finir ?
Randonnée dans la neige
C'est avec beaucoup de joie que Lena a retrouvé ses amies pour une randonnée dans les montagnes autrichiennes ce week-end. Tout en images...
Bien vite, la surprise de devoir marcher dans la neige...
...un effort récompensé par la beauté des paysages...
...et également beaucoup de soleil et de fous rires entre filles.
If... I was immortal
Le 1er avril, et ce n'est pas une blague, Lena partira pour le pays des valses, de la famille impériale Habsbourg et de la divine Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach (Sissi pour les intimes). Sa mission sera d'étudier la sylviculture de l'if commun... est-ce moins romantique?
Séléné (ou Lena) est la déesse de la pleine lune et de la lumière. Hécate, elle, incarne la nouvelle lune, la lune noire. Déesse de l'if chargée de conduire les âmes après tempête, elle relie les enfers, la terre et le ciel.
A travers la mythologie celtique et jusqu'à nos jours, l'if est présent dans les cimetières pour veiller sur nos morts. Car si l'if est toujours associé à la dame noire, c'est qu'il représente celui qui la défie. Capable de vivre durant des millénaires, l'if est le symbole de l'immortalité.
Côte d'Azur
Si vous jetez un oeil du haut de la montagne, vous risquerez bien de le perdre au fin fond de l'océan. Le Cape de Bonne Espérance regorge de trésors. La flore y est étonnante. Le maquis compte à lui seul plus de plantes que l'Angleterre toute entière. Lena suit ses amis pour une dernière randonnée en terre africaine.
Lena contemple l'océan Atlantique et ses pensées dérivent vers l'Europe. Elle est toute excitée de bientôt rentrer.
Lena se retourne, admire les montagnes qui s'étendent le long de la côte et la mène jusqu'en terre natale. Le pélerinage se prolonge vers la région Mpumalanga, les quatre mois passés sur le sommet du bout du monde, la solitude d'une vie encore sauvage. Un regard en arrière vers une aventure qui appartient déjà au passé.
Enfin Lena questionne la métropole. Est-il possible que le temps africain s'arrête un jour et se fasse engloutir par le monde? Ou restera t-il gravé dans les mémoires, disponible pour quiconque aura la volonté de le retrouver?




























































